Association Historique de Mons-en-Baroeul. Active depuis 2000, elle rassemble plus de 150 membres. L'Association Historique de Mons en Baroeul organise des visite du fort de mons, des expositons et des publications

 

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PROCHAINE VISITE GUIDEE DU FORT MACDONALD DIMANCHE 7 AVRIL 2019
A.G DE L'ASSOCIATION LE 23/03/2019 14h30


Association Historique
de Mons-en-Baroeul

 

 

Mémoire vivante

 

Le clochard Huguet

« Huguet » comme tout le monde le rappelait, était un clochard monsois (et hellemmois) par le hasard de la réimplantation de la ferme de Monsieur et Madame Delerue. Il reste une figure locale que bien des Monsois ont connue. Il est né en juin 1884 et décédé le 28 mars 1950. Monsieur Delerue, qui était agriculteur à Hellemmes (mais la plus grande partie de ses terres étaient sur Mons-en Barœul), nous a raconté quelques anecdotes sur ce personnage un peu hors du commun.

Le corps de la ferme Delerue était bâti initialement sur des terrains monsois ; c'est à la suite d'un incendie dans les années 1880 qu'elle fut reconstruite à cheval sur les deux communes. En effet, la légende du mauvais sort conseillait de ne pas réimplanter les bâtiments là où un incendie les avait frappés. Ce fut la toute dernière ferme de Mons-en-Barœul. Ses pâtures et champs se situaient aux abords du groupe scolaire La Paix et des terres occupées aujourd'hui par Sodenor, Lidl et la Mosquée. Un petit chemin permettait d'accéder à la ferme en venant de Mons ; il s'appelait « Chemin des amoureux » tan l'endroit se trouvait isolé de toute habitation.

La générosité des occupants des lieux fit que le clochard Huguet y trouva ce refuge ; nous dirions aujourd'hui que le gîte et le couvert lui étaient généreusement accordés... Quoi de mieux ? Pour l'anecdote, il y eut jusqu'à 14 «pensionnaires» occasionnels dans cette ferme ; mais Monsieur Huguet en était l'officiel, le respect lui était dû, il était le maître dans sa marginalité. À ce sujet, Monsieur Delerue a confirmé n'avoir eu aucun vol - ne serait-ce qu'une poule - dans sa ferme, le fait est à souligner.

 

 

 

"Ch'ti qu'a inventé le travail qu'à l'faire li-même"

Albert Huguet a été fidèle sa vie durant a cette idée, et c'est ainsi que l'on pourrait résumer sa devise. Il avait son certificat d'études primaires, pour l'époque (1899) c'était bien. Il s'autorisait parfois à distribuer son savoir à qui le lui demandait. Mais bien que certains l'aient dit, il n'écrivit jamais de poèmes. Homme honnête, il excellait à faire les courses pour l'un ou pour l'autre, quelle que soit la distance. À cette occasion Monsieur Delerue se souvient fort bien l'avoir envoyé chercher des pains de glace à Lille (rappelons-nous qu'à cette époque, il n'y avait ni frigo, ni congélateur). Albert Huguet avait en poche l'argent nécessaire pour l'aller et le retour en tramway. Courageux, il faisait le trajet à pied, profitant de ces quelques sous pour s'offrir un verre, voire deux. Il est inutile de vous dire que le pain de glace avait passablement fondu, arrivé au seuil de la ferme.

S'il lui est parfois arrivé d'aider Monsieur Delerue à ramasser les pommes de terre, sa présence était de courte durée, 30 à 45 minutes, jamais plus. Un jour, le tramway passant à proximité du champ, le wattman l'interpella en lui disant « Tu vas faire changer le temps ». C'était suffisant pour qu'il cesse immédiatement son travail. Il était (malgré lui) l'attraction locale, le fait de s'occuper ne correspondait pas à cette image de libre vagabond qu'il avait soin d'entretenir. Personnage sympathique, sa réputation s'étendait au-delà de Mons et d'Hellemmes. Il était même connu à Lesquin et Lezennes. Il se restaurait un peu partout, mais refusait de rentrer dans l'habitation de la ferme ; il avait ses habitudes dans le hangar ; s'il venait à faire trop froid, il logeait dans l'étable. C'était un personnage solitaire, pas de femmes, ni de copines ; il préférait prendre son temps à étancher sa soif... « des neuvaines », entre autres, l'entraînant à découcher de son hangar et dormir à même le trottoir.

 

Le bain d'Huguet dans le spectacle Son et lumière de l'Association Jonas en juin 2004.

Heureusement pour lui, son chien veillait sur son maître, personne n'osait s'en approcher. De braves gens voulant lui apporter de l'aide ont douloureusement apprécié ce garde à quatre pattes. La police s'en souvient, tout comme Monsieur Delerue. Albert Huguet n'a par contre jamais commis de délit et les personnes qui le rencontraient se montraient souvent indulgentes envers lui. Il affectionnait aller à la Guinguette et aux ducasses nombreuses en son temps. Côté vestimentaire, c'était le pardessus été... comme hiver, il attendait tout simplement qu'on lui fournisse d'autres habits. Ses vêtements n'étaient pour ainsi dire jamais lavés. Côté hygiène, elle correspondait à son état de clochard : le minimum. Encore heureux qu'une voisine, Alphonsine Mahieu, tondait de temps en temps son chien. Le matériel de coupe étant sorti, elle s'occupait des cheveux et de la barbe du maître. C'était la seule coquetterie qu'il acceptait. Vous pouvez vous en rendre compte sur la photo et sur la reproduction dénichée dans les archives de Madame Cayzeele, d'une peinture de Joseph Colomar.

C'est dans le grenier du café « Le Grand Saint Pierre » que fut réalisé le portrait d'Albert Huguet ; une banque s'y trouve aujourd'hui. La peinture fut faite au grenier pour des raisons d'éclairement et de tranquillité pour l'artiste. Joseph Colomar est décédé ; son fils résidant à Lezennes recherche l'original de la peinture, il semblerait, sans trop de certitudes, que ce tableau se soit retrouvé dans une galerie parisienne. Clochard de profession, Albert Huguet n'a jamais dérogé à sa règle de vie. Il n'était pas sans famille, il avait un frère plombier-zingueur et une sœur. Il est décédé le 28 mars 1950 à 4h30 du matin, je dirais officiellement car l'enregistrement ne fut fait qu'à l'ouverture des bureaux, c'est-à-dire 8 heures, au moment où le commissaire reprenait son travail et constatait lui-même le décès. Notre clochard est mort dans l'étable, la tête dans le caniveau, en respirant l'émanation des urines des vaches. Il aurait roulé du haut des ballots de paille sur lesquels il dormait. L'attachement de la famille Delerue à ce singulier personnage a fait qu’elle se soit occupée de tout : dans un premiers temps de l'installer dignement ailleurs que dans l'étable, puis de trouver sur Hellemmes un menuisier pour lui faire un cercueil. La ville d'Hellemmes a envoyé une camionnette pour enlever le corps et l'amener à l'église Saint Denis. La messe d'enterrement eut lieu le 31 mars, elle fut concélébrée par les Abbés Farvaque et Roussel ; une cinquantaine de personnes assistèrent à la cérémonie ; le grand-père de Monsieur et Madame Delerue était en grande tenue, celle du dimanche. Le fils conduisait le convoi mortuaire. Au fur et à mesure du déplacement, c'est un cortège de plus de deux cents personnes qui accompagna Albert Huguet au carré des indigents du cimetière d'Hellemmes. Pour l'anecdote, ce jour-là il y avait une grève, c'est peut-être une des raisons pour lesquelles il y eut autant de participants à ce convoi funéraire. Une nièce d'Albert Huguet était présente ce jour-là. Sa tombe est restée fleurie plus de dix ans. Habituellement les concessions pour les indigents ne duraient que sept ans.

Merci à Madame Cayzeele pour le prêt des photos, et Monsieur Delerue, son papa, âgé de 83 ans, pour sa participation et son étonnante mémoire sur des événements aussi anciens.

 

 

Association historique de mons-en-barœul - janvier 2005
photographies de jacques desbarbieux et jonas -
texte de gérard prouvost

 

 

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